Daniel Perestrelo Directeur Solutions numériques et Engagements contractuels
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Dans les projets de migration et de modernisation, une perception erronée persiste : celle selon laquelle il serait possible d’accélérer le rythme sans accorder aux étapes initiales l’attention qu’elles requièrent. Or, ces étapes sont précisément celles qui permettent d’établir un portrait fidèle de l’environnement, d’évaluer le niveau de préparation des équipes et de réunir les conditions nécessaires à une exécution rigoureuse. Les écourter, les sous-estimer ou les contourner compromet inévitablement la suite du projet. On promet à un comité exécutif une trajectoire avant d’avoir réellement compris le point de départ. Et quelques semaines plus tard, on découvre que l’on n’a pas accéléré le projet, on a seulement créé plus de problèmes.  

Pourquoi vouloir accélérer trop tôt coûte-t-il plus cher plus tard?  

Le premier moment critique se situe avant même le contrat de réalisation. En reprenant la logique de notre méthodologie, on parlerait ici de l’analyse préliminaire. Cette étape ne sert pas à entrer dans tous les détails, mais à établir une lecture suffisamment fiable de l’existant pour que le projet repose sur des faits plutôt que sur des suppositions. C’est là que se dessinent les bases techniques et commerciales du contrat d’exécution. Dans certains contextes, cette étape peut même faire l’objet d’un mandat distinct, précisément pour permettre au client de soutenir une demande interne de budget sur une compréhension plus factuelle de son environnement. Sans cette base, on ne sécurise pas vraiment un prix ni une trajectoire. On laisse plutôt des zones floues qui finiront par ressortir pendant l’exécution.  

C’est aussi à cette étape que commencent à apparaître les éléments que l’organisation connaît rarement aussi bien qu’elle le croit : dépendances majeures, zones de complexité, contraintes d’exploitation, documentation insuffisante, hypothèses fragiles. Ignorer ce travail ou ne pas lui donner l’effort nécessaire ne fait pas disparaître ces réalités. Cela les reporte simplement à plus tard, lorsque le projet est déjà engagé et que chaque découverte coûte plus cher à absorber.  

Que doit réellement établir l’analyse préliminaire?  

Le deuxième moment critique arrive au démarrage réel du projet. Dans la méthodologie d’Alithya, il s’agit de l’étape de planification et stratégie. C’est à ce moment que la compréhension initiale est mise à l’épreuve des conditions réelles d’exécution. Les accès sont confirmés, les équipes sont mobilisées, la structure du client devient plus lisible, et l’on peut approfondir l’architecture, les composants, les flux, les configurations et, lorsque requis, certaines portions du code. Le but n’est plus seulement de comprendre l’environnement. Il est d’organiser concrètement la suite : définir comment chaque système sera migré, structurer les vagues, préciser les choix techniques et confirmer les conditions nécessaires à une exécution crédible.  

Pourquoi la phase de planification et stratégie ne peut-elle pas être contournée?  

C’est souvent cette étape que certains veulent contourner au nom de la rapidité. Pourtant, faire l’impasse sur la planification et la stratégie ne simplifie rien. Cela fait entrer l’exécution dans le projet avant que ses conditions minimales soient réunies. Les dépendances, les accès manquants, les environnements incomplets ou les règles d’exploitation implicites ne disparaissent pas. Ils reviennent simplement plus tard, dans le sprint, sous forme de blocages, de retravaille et de perte de maîtrise. Ce constat rejoint d’ailleurs ce que soulignent plusieurs analyses récentes sur les grands programmes technologiques : les difficultés viennent moins d’un manque d’ambition que de lacunes dans la planification, la gestion des interdépendances, la mobilisation des ressources et la discipline d’exécution.  

L’expérience d’Alithya dans ce type de mandat montre d’ailleurs que lorsque cette étape de planification et stratégie est contournée pour lancer plus rapidement les premiers travaux de migration, l’effet obtenu est souvent l’inverse de celui recherché. L’intention paraît simple : gagner du temps et produire plus vite des résultats visibles. En pratique, les conditions minimales d’exécution ne sont pas encore réunies. Dans une migration, les accès ne se résument jamais à quelques autorisations générales. On parle souvent de dizaines d’accès techniques, parfois très spécialisés, nécessaires pour analyser, préparer, valider et exécuter correctement. Lorsque plusieurs de ces accès ne sont pas accordés, ou ne le sont que partiellement, les équipes se retrouvent à entrer dans l’exécution sans disposer du niveau de préparation requis pour avancer de façon rigoureuse.  

Que se passe-t-il quand on contourne une étape essentielle?  

La suite a été prévisible : difficultés à avancer, retards à rattraper, attentes non atteintes dès la première itération, pression accrue sur les équipes, puis nécessité de refaire à la hâte l’étape de planification et stratégie que l’on avait voulu éviter. Le projet n’était pas allé plus vite. Il avait simplement déplacé ses difficultés à un moment où elles coûtaient plus cher et laissaient moins d’options. C’est pour cela qu’il faut distinguer clairement les deux étapes. Une analyse préliminaire en amont pour réduire l’incertitude, clarifier les conditions réelles de succès et donner au contrat des bases plus crédibles. Puis une étape de planification et stratégie au démarrage du projet pour transformer cette compréhension initiale en exécution réellement maîtrisable. Cette logique est cohérente avec les phases « assess » et « mobilize » d’AWS, qui sont présentées comme les fondations nécessaires de toute migration à grande échelle. Vouloir accélérer sans donner à ces étapes l’attention, l’effort et les conditions qu’elles exigent ne raccourcit pas le projet. Cela fragilise surtout la suite.  

 

Sources et références  

AWS Prescriptive Guidance (2025). Phases of a large migration. Ce guide présente les phases assess, mobilize et migrate comme séquentielles, et précise que les étapes assess et mobilize constituent la fondation nécessaire de toute migration à grande échelle.  

AWS Prescriptive Guidance (2025). Mobilize your organization to accelerate large-scale migrations. Le document souligne que les phases assess et mobilize servent à préparer l’organisation, à combler les écarts de préparation, à mettre en place les fondations techniques et à mobiliser les ressources avant l’exécution à grande échelle.  

Boston Consulting Group (2024). Most Large-Scale Tech Programs Fail—Here’s How to Succeed. BCG indique que plus des deux tiers des grands programmes technologiques ne sont pas livrés à temps, dans le budget ou dans le périmètre prévu. Les causes mises en avant incluent notamment des faiblesses dans la planification, la mobilisation des ressources, la gestion des interdépendances et la discipline de livraison.  

Project Management Institute (2024). Maximizing Project Success. Le rapport insiste sur la nécessité de clarifier en amont les paramètres de succès, de maintenir une lecture évolutive des conditions du projet et de relier l’exécution à la valeur réellement attendue par les parties prenantes.