Chaque fabricant d'aliments et de boissons avec qui je m'entretiens estime que son organisation saura s'adapter aux exigences à venir du marché. Nos propres travaux vont dans le même sens. Dans le sondage d'Alithya sur les tendances et l'analyse du secteur manufacturier en 2026, 93 % des dirigeants manufacturiers se sont dits confiants dans leur capacité d'adaptation. Or, des travaux indépendants de Deloitte indiquent que moins de la moitié d'entre eux disposent d'un modèle opérationnel suffisamment agile pour y parvenir avec la rapidité requise.
L’écart entre la confiance et la capacité est l’enjeu déterminant de l’industrie à l’heure actuelle. Dans les aliments et boissons, il est plus prononcé que la plupart des dirigeants ne sont disposés à l'admettre. La confiance est fondée. Les assises sur lesquelles elle repose le sont souvent moins.
Voici l'argument que je soumets régulièrement à nos clients : les entreprises qui se démarqueront au cours des prochaines années ne seront pas celles qui réagiront le plus rapidement à chaque tendance, mais celles dont les opérations sont réellement en mesure de livrer la marchandise lorsque la tendance se concrétise. Dans les aliments et boissons, cette exécution est mise à l'épreuve par des réalités qu'un article générique sur le secteur manufacturier n'aborde jamais.
Pourquoi le secteur des aliments et boissons constitue un test plus exigeant
Pression sur les coûts, santé et mieux-être, développement durable, main-d'œuvre, chaîne d'approvisionnement. Ces enjeux sont bien réels et abondamment documentés. Ce qui demeure dans l'ombre, c'est ce qu'exige une réponse à ces pressions lorsque vos opérations reposent sur des codes de lot, des recettes et des dates de péremption.
Une marque de biens de consommation peut décider de viser un étiquetage simplifié. Un fabricant alimentaire, lui, doit reformuler la recette, recalculer le coût de chaque rendement et de chaque sous-produit, requalifier ses fournisseurs, mettre à jour ses déclarations d'allergènes et démontrer que l'ensemble de la chaîne demeure traçable, de la matière première à la palette de produits finis. Un détaillant peut demander une donnée sur le développement durable à son fournisseur. Un transformateur, lui, doit extraire cette donnée de systèmes qui n'ont jamais été conçus pour la produire. La tendance, tout le monde la voit venir. Ce qui départage les entreprises d'aliments et boissons, c'est leur capacité à exécuter, et cette capacité réside dans les systèmes.
Notre sondage a permis de cerner les obstacles, lesquels ne constituent pas une série de problèmes distincts. Près des deux tiers des dirigeants placent le coût de mise en œuvre au premier rang. Environ 42 % évoquent un manque d'expertise interne. Près de 40 % affirment que les systèmes patrimoniaux freinent leur progression. Ces trois facteurs s'alimentent mutuellement : des systèmes vieillissants rendent chaque changement plus long et plus coûteux, et les ressources capables de les moderniser sont précisément les plus difficiles à recruter. Le phénomène est particulièrement visible dans les usines dont les opérations centrales reposent encore sur un AS/400 ou sur un ERP vieux de plusieurs décennies. La volonté d'adaptation est présente. La plateforme ne permet pas de la concrétiser.
La nature réelle du travail
La démonstration la plus convaincante réside dans les mandats déjà en production. Mon équipe en est à plusieurs phases d'un programme Dynamics 365 Finance and Supply Chain déployé chez un producteur alimentaire américain, une solution mise en service et qui continue d'évoluer. Le cœur du mandat portait sur l'implantation de la chaîne d'approvisionnement, et les enjeux les plus exigeants relevaient des particularités du secteur alimentaire : la traçabilité des lots, des matières premières aux produits finis en passant par les travaux en cours, la gestion des recettes et des rendements, ainsi que le degré de précision requis en matière d'inventaire et de coûts de revient dans une exploitation alimentaire. Une fois ces fondations éprouvées, les améliorations se sont succédé, ce qui constitue l'indicateur le plus fiable de la réussite d'un projet. Une plateforme dans laquelle une organisation continue d'investir est une plateforme qui répond à ses besoins.
Cette approche se répète chez l'ensemble des fabricants alimentaires et des transformateurs auprès desquels j'interviens. Les difficultés récurrentes concernent rarement le grand livre général. Elles portent plutôt sur la traçabilité, qui doit résister à l'épreuve d'un rappel de produits, sur les recettes et les rendements comportant des sous-produits et de la pesée variable, sur les retenues qualité, qui doivent être appliquées de manière effective, et sur la rigueur du basculement. Abandonner un AS/400 ou un ERP vieux de plusieurs décennies exige une planification serrée, car l'arrêt prolongé des installations n'est pas envisageable dans le secteur alimentaire. Dans un mandat de ce type, la rigueur de la transition compte autant que le logiciel déployé.
Il ne s'agit pas fondamentalement d'un enjeu technologique, mais d'un enjeu de modèle opérationnel. C'est précisément la conclusion vers laquelle convergent les données de notre sondage.
Le risque auquel les dirigeants n'affectent pas de ressources
Un dernier constat mérite d'être souligné, car les dirigeants du secteur des aliments et boissons le sous-estiment systématiquement. Lorsque nous avons demandé aux répondants ce que l'industrie sous-évalue, la cybersécurité s'est classée parmi les premières réponses. Les données externes vont dans le même sens : les recherches d'IBM sur les menaces en 2025 désignent le secteur manufacturier comme la cible principale des cyberattaques, devant les services financiers et la santé. Or, le nombre de systèmes, de capteurs et de composantes d'IA raccordés aux installations augmente à chaque trimestre. Chaque ligne connectée et chaque agent d'IA déployés sans cadre de gouvernance représentent une exposition qui n'a pas encore été quantifiée. Dans une industrie où l'arrêt d'une ligne entraîne un coût immédiat et mesurable, il ne s'agit pas d'un enjeu de TI, mais d'un enjeu de production.
Ce qui distingue les organisations les plus avancées
Les fabricants qui progressent le plus rapidement ne sont pas ceux qui adoptent le plus grand nombre de tendances, mais ceux qui ont d'abord consolidé leurs fondations : des données intégrées plutôt que des tableurs isolés, une plateforme moderne plutôt qu'un noyau patrimonial maintenu par correctifs successifs, et des équipes qui comprennent l'incidence d'une décision prise en usine sur les coûts, le service et la rentabilité. Les tendances continueront de se succéder. La seule question déterminante est de savoir si vos opérations peuvent s’y adapter avant celles de vos concurrents.
Voici donc la question que je vous poserais si nous étions assis à une table. Lequel de ces éléments freine véritablement vos activités aujourd'hui, non pas sur le plan stratégique, mais sur le plancher? Le système patrimonial, les données que vous consolidez encore manuellement, la traçabilité que vous reconstituez à la pièce, ou les compétences que vous ne parvenez pas à recruter? C'est le point de départ à privilégier. La suite se déploie plus aisément lorsque les fondations sont solides.
C'est précisément le mandat que mon équipe assume chez Alithya auprès des fabricants d'aliments et de boissons : moderniser les fondations ERP et de chaîne d'approvisionnement sur Microsoft Dynamics 365, de manière à ce que la traçabilité, la conformité et la visibilité en temps réel soient intégrées à la solution plutôt que gérées manuellement.