Le secteur des soins de santé se trouve à un point charnière. Pendant des années, le discours a été dominé par la transformation numérique, un objectif large et souvent mal défini visant à passer du papier à l’écran et de l’intuition aux données. Or, à mesure que nous avançons dans l’exercice financier en cours, ce discours évolue. L’ère de l’expérimentation numérique est révolue. Elle laisse place à une période beaucoup plus exigeante, marquée par le réalisme opérationnel.
Une récente étude approfondie menée par Alithya auprès de plus de 125 dirigeants américains du secteur de la santé, provenant des fonctions cliniques, financières et opérationnelles, met en lumière un paradoxe frappant. D’un côté, l’appétit pour la croissance est bien réel, tout comme la conviction que les avancées technologiques, notamment en intelligence artificielle, constituent la clé pour y parvenir. De l’autre, les organisations se heurtent à un plafond de frictions structurelles. Les pénuries de main-d’œuvre, les infrastructures vieillissantes et un paysage de menaces de plus en plus sophistiqué freinent même les plans de modernisation les plus ambitieux.
Pour traverser les prochains trimestres avec succès, les dirigeants doivent comprendre non seulement quelles technologies acquérir, mais surtout comment surmonter les frictions systémiques qui empêchent ces technologies de générer une valeur concrète sur le terrain.
Le paradoxe de la croissance : ambition et capacité
Les données du sondage révèlent un niveau d’optimisme surprenant chez les dirigeants du secteur. Malgré des pressions bien documentées liées à la faiblesse des marges et à la hausse des coûts, plus de la moitié des cadres sondés s’attendent à ce que leur organisation surpasse le taux de croissance global de l’industrie. Cela indique que le secteur n’est plus uniquement en mode survie, mais cherche activement à gagner des parts de marché et à élargir son offre de services.
Cette ambition se heurte toutefois à une nouvelle forme de résistance que nous appelons les frictions structurelles. Il s’agit de l’écart entre la volonté de déployer un nouveau service et la capacité réelle de le faire, en disposant de données intégrées, d’une infrastructure sécurisée et d’une main-d’œuvre stabilisée. Pour de nombreux prestataires, la croissance est perçue comme coûteuse, car elle exige des efforts disproportionnés et des contournements manuels afin de composer avec des systèmes hérités.
La question que se pose désormais la direction n’est plus « pouvons-nous croître? », mais bien « pouvons-nous croître efficacement? ». Le rapport complet explore les indicateurs clés de performance utilisés par les dirigeants pour mesurer cette efficacité et identifie les principaux goulots d’étranglement qui freinent actuellement l’expansion des équipes.
La chaîne de valeur de l’IA : dépasser l’effet de mode
L’intelligence artificielle a dominé les discussions au cours des 18 derniers mois, mais notre recherche révèle un changement important dans la façon dont les dirigeants du secteur de la santé l’abordent. L’attention se déplace des outils de clavardage génératifs vers des systèmes d’IA agentique capables d’exécuter des tâches complexes et multietapes au sein de flux de travail cliniques ou administratifs.
Une prise de conscience s’impose : l’IA n’est pas une solution clé en main. Elle représente le dernier maillon d’une chaîne de valeur complexe. Pour qu’un agent d’IA puisse, par exemple, prédire avec précision les absences de patients ou automatiser un litige de facturation complexe, l’organisation doit d’abord régler plusieurs fondations essentielles. Cela inclut l’intégrité des données, en passant de silos fragmentés à une couche de données fiable et cohérente; l’infrastructure, en migrant de serveurs rigides hérités vers des environnements infonuagiques élastiques; ainsi que la gouvernance, en mettant en place des balises qui permettent d’innover sans compromettre la sécurité ou la confidentialité des patients.
Le sondage montre une forte augmentation des investissements fondamentaux, particulièrement en modernisation des données et en adoption de l’infonuagique. Les dirigeants reconnaissent désormais que sauter ces étapes mène à une « dette en IA », où les outils sont déployés sans pouvoir passer à l’échelle ni produire des analyses fiables. L’analyse complète, présentée dans le rapport, détaille les différents stades de maturité en IA et les domaines dans lesquels les organisations les plus performantes investissent actuellement.
L’impératif de la sécurité : quand le risque freine la croissance
Au cours des années précédentes, la cybersécurité était souvent perçue comme un coût défensif, une sorte de taxe à payer pour éviter le pire. Nos recherches indiquent que cette perception a profondément changé. La sécurité est désormais considérée comme un risque d’affaires majeur, au même titre que les perturbations liées à l’IA, et figure parmi les principaux défis de l’industrie.
Les enjeux financiers sont devenus trop importants pour être ignorés. Le coût moyen d’une atteinte à la sécurité dans les systèmes de santé avoisine maintenant les 10 millions de dollars. Un seul incident peut ainsi effacer l’ensemble de la marge opérationnelle annuelle. La cybersécurité est passée de la salle des serveurs à la salle du conseil.
Un écart important subsiste toutefois dans l’exécution. Bien que les dirigeants reconnaissent le risque, l’intégration de la sécurité à la stratégie d’affaires globale demeure insuffisante dans plusieurs organisations. Le rapport analyse en profondeur les lacunes de gouvernance observées chez les prestataires, notamment le manque d’alignement entre la sécurité des TI et la gestion globale des risques corporatifs, la dépendance à des réponses réactives plutôt qu’à une détection proactive des menaces, ainsi que la pénurie critique de littératie en cybersécurité chez les dirigeants non techniques.
Combler cet écart n’est plus une option. Pour innover, une organisation doit d’abord être résiliente.
La crise de la main-d’œuvre : la technologie comme facteur de stabilisation
La source de friction la plus persistante demeure la main-d’œuvre. La pénurie de médecins et d’infirmières n’est pas un phénomène temporaire, mais une réalité structurelle qui définira la prestation des soins au cours de la prochaine décennie.
Dans ce contexte, le rôle de la technologie a évolué. Il ne s’agit plus uniquement d’efficacité, mais de préservation. Chaque minute qu’un clinicien consacre à de la documentation administrative en dehors des heures normales, à répondre à des alertes de faible valeur ou à naviguer dans des systèmes non interopérables est une minute soustraite aux soins aux patients et un pas de plus vers l’épuisement professionnel.
La recherche démontre une forte demande pour des solutions qui s’alignent directement sur les flux de travail. Les dirigeants ne recherchent plus des fonctionnalités impressionnantes, mais des outils capables d’éliminer le fardeau des tâches manuelles qui empêchent le personnel de travailler pleinement selon leurs compétences. Le rapport examine comment les prestataires les plus avant-gardistes utilisent l’automatisation non pas pour remplacer les humains, mais pour les protéger.
Un nouveau mandat pour les partenariats stratégiques
L’ère du simple fournisseur de logiciels tire à sa fin, remplacée par un besoin accru de partenaires stratégiques. Les dirigeants du secteur de la santé expriment une frustration croissante face à des outils fragmentés qui ne communiquent pas entre eux et à des fournisseurs qui ne comprennent pas les pressions cliniques et financières propres à leur environnement.
Le sondage met en évidence de nouveaux critères utilisés par les cadres pour évaluer leurs partenaires. L’interopérabilité et la facilité d’utilisation sont désormais des exigences de base. Pour réussir dans ce marché, les partenaires doivent démontrer leur capacité à s’aligner sur des flux de travail cliniques et opérationnels complexes, à proposer une feuille de route claire et sécuritaire pour l’adoption de l’IA, et à transformer des données brutes en résultats financiers mesurables et vérifiables.
La feuille de route vers la résilience
Les enseignements tirés de cet échantillon représentatif de dirigeants américains du secteur de la santé mènent à une conclusion claire. Les prestataires qui prospéreront au cours des 24 prochains mois seront ceux qui privilégieront la résilience opérationnelle plutôt que l’expérimentation numérique.
Le rapport d’analyse d’Alithya sur les tendances du secteur des soins de santé en 2026 offre une analyse plus approfondie des indicateurs et des modèles de maturité qui distinguent les leaders de l’industrie de ceux qui peinent à surmonter les frictions structurelles. Pour les organisations qui souhaitent affiner leur stratégie pour les prochains trimestres, comprendre les priorités d’exécution et les perceptions des dirigeants constitue une étape essentielle pour naviguer dans la complexité actuelle du secteur des soins de santé.